Quand un investisseur me demande en quelques jours si une startup « est safe », je réponds rarement par un simple oui ou non. La cybersécurité, même à un stade précoce, se juge sur des preuves concrètes et reproductibles. Voici une méthode que j'utilise pour évaluer la vraie maturité cybersécurité d'une startup en 30 jours — un audit minimaliste, pragmatique et axé sur ce qui rassure des investisseurs sans leur faire croire à une sécurité parfaite.
Objectif de l'audit en 30 jours
Mon objectif est double : 1) détecter les failles majeures susceptibles d'impacter la continuité ou la confiance (exfiltration de données, compromission d'accès, fuite d'actifs IP), et 2) produire un livrable compréhensible pour investisseurs indiquant le niveau de risque, les actions prioritaires et une trajectoire d'amélioration. Il ne s'agit pas d'un pentest exhaustif ni d'une certification, mais d'un état des lieux actionnable.
Cadre et contraintes
En 30 jours je pars du principe que la startup a au moins une équipe technique, un repository principal (GitHub, GitLab), un environnement cloud (AWS/Google Cloud/Azure) et des comptes utilisateurs pour administrer ces services. L'audit est réalisé avec l'accord de la startup et privilégie des techniques non-invasives au début : revue documentaire, configurations, accès et scripts d'automatisation légers. Si des signaux critiques apparaissent, je recommande immédiatement un test d'intrusion plus profond.
Plan d'action en 30 jours (sprint hebdomadaire)
- Jours 1–3 : kickoff, collecte de documents, accès en lecture (repos, dashboard cloud, IAM, SSO, politiques).
- Jours 4–10 : revue rapide du code, secrets dans repo, pipeline CI/CD, dépendances.
- Jours 11–17 : revue infra cloud, IAM, configurations réseau, backups, chiffrement.
- Jours 18–24 : contrôles opérationnels (logs, monitoring, gestion des incidents, patching, vuln scans).
- Jours 25–30 : synthèse, scoring, rapport pour investisseurs, réunion de restitution et plan de remédiation priorisé.
Checklist minimaliste — ce que je vérifie en priorité
- Inventaire des actifs : liste des services exposés, apps, bases, comptes cloud et domaines.
- Gouvernance des accès : SSO activé ? MFA obligatoire pour tous les accès admin ? Principes de moindre privilège appliqués ?
- Secrets : détection de clés/credentials dans les repos (scanners comme GitLeaks, truffleHog).
- CI/CD : pipelines qui publient automatiquement en production sans revue ? Variables sensibles exposées ?
- Configurations cloud : buckets S3 publics, règles de firewall ouvertes, accès root account non protégé ?
- Backups et résilience : existence et test de restauration des backups, RTO/RPO exprimés ?
- Monitoring & Logs : centralisation des logs, alerting sur incidents majeurs (auth, erreurs 500, pics de sortie de données).
- Patching & dépendances : scanners comme Dependabot/Snyk activés ? Processus de mise à jour documenté ?
- Plan de réponse aux incidents : contact, rôles, communication externe (clients, investisseurs) et playbooks.
Outils pratiques que j'utilise
- GitLeaks / truffleHog pour détection de secrets dans le code.
- OWASP ZAP ou Nikto pour scans basiques d'applications web (non invasifs).
- Nmap pour inventaire des ports exposés.
- AWS Trusted Advisor / GCP Security Command Center / Azure Security Center pour checks cloud.
- Snyk / Dependabot pour dépendances vulnérables.
- Cloud Custodian pour règles d'hygiène infra (ex: détection de buckets publics).
- Un simple playbook en Markdown pour le plan de réponse aux incidents.
Format du livrable pour investisseurs
Les investisseurs veulent comprendre rapidement : quel est le niveau de risque, qu'est-ce qui coûte le plus cher si ça tourne mal, et quelle est la feuille de route pour réduire ces risques. Mon livrable comprend :
- Un executive summary d'une page (niveau de confiance, 3 risques critiques, temps et budget estimé pour remédiation).
- Une notation synthétique (cf. tableau ci-dessous) sur 5 domaines : Identité & Accès, Résilience infra, Sécurité Applicative, Opérations & Monitoring, Gouvernance.
- Un plan de remédiation priorisé (actions immédiates, court terme 30–90j, moyen terme).
- Pièces justificatives : captures, logs, résultats de scans, exemples de secrets trouvés.
| Scope | Score (0-5) | Interprétation |
|---|---|---|
| Identité & Accès | 3 | MFA déployée mais revues IAM manquantes |
| Résilience infra | 2 | Backups partiels, buckets publics détectés |
| Sécurité Applicative | 3 | Dépendances vulnérables identifiées, CI sans gating |
| Opérations & Monitoring | 2 | Logs non centralisés, pas d'alertes critiques |
| Gouvernance | 2 | Pas de plan d'incident formalisé |
Exemples de problèmes courants et remédiations rapides
- Clé API dans un repo public : rotation immédiate, révocation, mise en place d'un scanner automatisé et mise à jour du .gitignore. Coût estimé : quelques heures.
- Bucket S3 public contenant données PII : mise en privé, audit des objets téléchargés, notification aux clients si nécessaire, et mise en place de règles IAM strictes. Coût estimé : 1–3 jours.
- Accès root partagé : désactiver les comptes partagés, activer AWS Organizations / comptes séparés, MFA obligatoire. Coût estimé : 1 semaine.
- Dépendances critiques vulnérables : patch sur la branche principale, test rapide, déploiement et surveillance. Mettre en place Snyk/Dependabot. Coût estimé : 1–2 jours par vulnérabilité majeure.
Questions que se posent souvent les fondateurs et investisseurs
- « Combien ça va coûter de devenir conforme ? » — La conformité (ex: ISO 27001, SOC 2) n'est pas un prérequis initial pour lever, mais un indicateur. La remédiation des risques critiques est souvent réalisable en 10–30k CHF pour une startup, hors coûts de gouvernance à long terme.
- « Peut-on automatiser tout ça ? » — Oui pour l'hygiène (scans, detection secrets, patching), mais la gouvernance et la culture nécessitent interventions humaines régulières.
- « Un score de 3/5 est-il acceptable ? » — Pour un seed, peut-être, si les risques critiques sont traités et une feuille de route claire existe. Les investisseurs veulent voir progrès et métriques.
- « Quels KPIs suivre ? » — % des comptes avec MFA, % des infra critiques sans accès public, temps moyen de détection (MTTD) et de remédiation (MTTR), nombre de vulnérabilités critiques ouvertes.
Mes conseils pragmatiques
- Priorisez les risques business-impactants (exfiltration de données clients, perte d'accès aux services payants) plutôt que la chasse aux CVEs mineurs.
- Automatisez les contrôles récurrents et intégrez-les au CI/CD — sécurité qui bloque le déploiement n'est jamais populaire si elle est mal conçue.
- Documentez les décisions de sécurité et rendez-les accessibles aux investisseurs : transparence crée confiance.
- Planifiez une session de tabletop incident avec l'équipe et, si possible, un conseiller externe — cela révèle souvent des lacunes inattendues.
Sur Nexpod (https://www.nexpod.ch), j'expose régulièrement templates et checklists que j'utilise pour ce type d'audits, afin que les fondateurs puissent progresser avant la due diligence et que les investisseurs aient des éléments comparables entre startups. Si vous voulez, je peux partager un template de rapport d'une page et une checklist automatisable pour GitHub Actions ou GitLab CI.